CalendrierRechercherFAQAccueilMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez|

Melvin Clyde

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
avatar
2

2

5

1

5

3

10

http://fallouttowrpg.forumactif.org/t562-melvin-clyde#4209
http://fallouttowrpg.forumactif.org/t550-john-doe-exemple
MessageSujet: Melvin Clyde Dim 21 Oct - 23:43

MELVIN CLYDE



IDENTITÉ



Pseudo Discord : Wex#7796
Multi-comptes : aucun.
Sexe : masculin.
Âge : environ 30 ans.
Lieu de naissance : inconnu.
Race : goule.
Métier : aucun, petits jobs.
Objectif de vie : retrouver la mémoire et son identité en reconstituant son passé.


DESCRIPTION



Physique : Melvin est ce qu’on appelle dans le jargon une goule sèche. Sa peau craquelée évoque le cours d’eau tari et son teint grisâtre les cendres. S’il ne bouge pas, on le dirait pétrifié. Sa silhouette est plutôt quelconque et sa taille petite (1 m 73). Ses cheveux manquent à l’appel, tout comme ses oreilles ou son nez, et ses yeux sont très foncés ; par contraste avec la peau, ils paraissent presque noirs. Sa voix est très grave et rocailleuse, même pour une goule. Ses manières sont en général plutôt discrètes, celles de quelqu’un qui ne veut pas déranger, même si elles gagnent clairement en assurance lorsqu’il accomplit un travail ou une activité.

Intégralement vêtu de noir, il porte généralement des vêtements fonctionnels – comme beaucoup, dans les Terres désolées – mais prend également soin de recouvrir tout son corp, afin que sa laideur n’indispose pas autrui. En public il porte une cagoule intégrale ainsi qu’une paire de lunettes de motard sans teint. Si jamais il est embarqué dans un travail dangereux, il se vêt de textiles résistants aux intempéries et de protections contre les agressions (légères, il n’aime pas être entravé). Il a toujours avec lui un imperméable de cuir légèrement élimé.

Caractère : Melvin est un individu peu social au premier abord. Il observe son entourage mais évite le contact oculaire, se tient souvent un peu courbé ou engoncé, par honte de ce qu’il est : une goule, un moins qu’humain, à tout le moins aux yeux des « peaux lisses » (il n’aime d’ailleurs pas ce terme). Il ne sourit presque jamais et manifeste rarement sa joie, si seulement il en éprouve. C’est pourtant quelqu’un de très serviable et empathique, qui tente de faire de son mieux pour améliorer le sort du monde. Volontaire, il met également beaucoup de cœur à l’ouvrage et fait preuve d’une quantité inépuisable de détermination. En fait, il s’agit tout simplement d’une âme ferme et vertueuse amoindrie par un sentiment permanent de vulnérabilité, voire de méfiance.

Avare de mots, il semble ne pas savoir parler, ou peu. Pourtant, derrière sa syntaxe éclatée, un observateur attentif devinera sans problème l’intelligence aiguë d’un esprit éveillé. Les Terres désolées constituent un monde nouveau pour lui qui, même si elles sont tristes, regorgent de bien plus de connaissance et de savoir-faire qu’il ne pourrait en espérer apprendre. A défaut de bien/beaucoup parler, il écoute (et le fait bien), car il cherche toujours à comprendre les gens. Il a appris à se prémunir du pire qu’il y a en eux, mais sait encore y voir le meilleur.

Centres d'intérêts : la science - plus particulièrement l’électronique et l’informatique - la mécanique, la construction d’une société viable, la poésie, l’astronomie.

Vie relationnelle et affective : inconnue.
Famille : inconnue.

Santé : Melvin digère mal les produits laitiers mais se trouve plutôt résistant pour le reste. Il peut manger de la viande crue sans problème et, étant une goule, n’est pas inquiété outre mesure par les radiations. Son aspect repoussant est son plus gros handicap, ainsi que son absence d’oreilles qui l’empêche de localiser les sons aussi bien qu’un autre.

Histoire :

Exorde.

Géhenne blanche ! Naissance anormale ! Interminable soudaineté de l’agonie, incoercible douleur et douleur et douleur ! Tout semble brûler, tout semble mordre et lacérer et pulser les chairs dans leurs retranchements de supplice. C’est en convulsant qu’apparaissent bras et jambes, lambeaux du règne humain. De la terre dans la gorge. Et le goût du sang. Plus assez d’air et cette lumière, cette lumière blanche !

Se constelle de mouches. L’atmosphère pèse le poids de l’univers. Les picots noirs se multiplient ; nécrophores annonciateurs de la suffocation, de l’ultime évanouissement. Il faut vomir ! De la terre dans la gorge. Les doigts tâtonnent la saveur ferreuse, s’enfoncent sans merci. Le corps rend grâce d’une bourbe nauséabonde. L’air brûle comme le tartare, mais c’est l’air. La vie s’engouffre. Sauf ! Il est sauf…

L’immondice est sèche sur la joue. Comment le temps s’écoule t-il ? La flamme blanche de l’enfer s’est tue. Le ciel est rose comme la honte d’une vierge, bleu comme les abysses, constellé comme cette liberté qui n’existe que dans les rêves. Tout semble aller trop vite chaque fois que les paupières capitulent. Faible. Il est faible. Affamé, glacé, meurtri. Les étoiles scintillent et s’inclinent les cils. Nuit de cauchemars.

De cauchemar est le réveil, lent comme la putréfaction. Sa salive a un goût impur. Son corps le brûle toujours. Il ne sait s’il est transi de froid ou de sanglots. Il faut bouger. Un bras, d’abord, puis la souffrance ensuite. Le bras est lourd comme la pierre. Les yeux s’habituent aux ténèbres et il n’est plus que de chair, nu et brun de rouille. Cette odeur : le sang qui s’écaille sur son corps. Est-il mort ? Est-il au Purgatoire ?

Il tourne la tête. Pas assez de force, elle retombe et la douleur un éclair l’air durci devient plomb l’horreur foudroie crâne vague dans le corps tout existe avec tant d’acuité la douleur… Il ouvre les yeux. Encore. Combien de temps passé entre chaque scène ? Il se laisse rouler, doucement, tout doucement. Un cône de noirceur l’environne, chaperonné de ciel : une fosse. Terre et pierres, son lit de mort. Au fond, des barils frappés d’un symbole qu’il réapprend laborieusement à comprendre. Le trisecteur. Trèfle de la mort.

Il faut sortir, s’éloigner, il faut fuir, faire défaut à l’enfer du feu des fous ! Il faut quitter le trou. Il se retourne, trop brusquement. Nouvel éclair, la tête se fend. Il ouvre la bouche mais le hurlement renonce. Ses doigts s’enfoncent dans la terre et tirent son corps. Tellement lourd. La serre ne lâche pas, tenace, et il se hisse dans une lenteur végétale. Les pieds rechignent, sa carcasse coopère à contre-cœur, à contre-courant de la gravité. Son chemin de croix commence.

Combien de temps passe et combien de mort s’infiltre en lui ? Il n’ose regarder, en contrebas, le Saint Graal d’Oppenheimer qui hante le fond du monde. La peur son berger, il sème ses doigts dans la stérilité inclinée, plus mur que sol, plus dur que meuble. Chacun de ses nerfs revendique amèrement son existence. Il mesure chaque millimètre de l’ongle qui se fend à mesure qu’il laboure vers le salut des étoiles. Combien de temps passe et combien de mort s’infiltre en lui ? Jamais il ne le saura. Dans la solitude de la nuit, tout ce que son cœur répond c’est… Trop. Trop de mort.

Exode.

Il avance comme un chien à quatre pattes - abruti d’inanité - mi-rampant, mi-humanoïde. A la vérité, il a peur de se lever. Hors de la fosse, un horizon de ruine l’accueille. Fuir le néant, aboutir au néant. Il découvre une éclaboussure de sang au bord du précipice, suivie par le sillon de sa chute. Quelque chose l’a blessé et l’a fait basculer. Blessé à la tête. Il n’ose toucher le front. A peine a-t-il le courage de respirer. Que lui est-il arrivé ? D’autres traces, confuses : une empreinte de botte ici, là un chaos de terre balayée. Une lutte ? Et pourquoi non ? Rien de plus probable, vues les circonstances.

Il y a quelque chose d’autre, par terre. Une couleur intruse qui se remarque. Il tend faiblement le bras et referme ses doigts sur une douille, la rapproche exagérément de son œil, comme un enfant observant une fourmi. Une douille abandonnée. A-t-elle accouché du martyr de son crâne ? A-t-elle peint l’œuvre impressionniste brunâtre derrière lui ? Et pourquoi non, après tout, pourquoi non ? Que lui reste-t-il sinon des histoires contées par des objets ?

Suivre les traces est sa seule option. Il rampe, d’abord, longtemps ; puis se lève. Évolution forcée. De nombreuses bottes. Pas de pieds nu. Il l’est, pourtant, et comme au jour de la naissance. Alors quoi ? Sans doute s’est-il dévêtu au bord de la fosse. Comme une affaire d’exécution dans l’air. Les premières questions qui fusent : était-ce mérité ? Qui a fait ça ? Et s’ils revenaient ? Non, s’exhorte-t-il, tu t’es réveillé dans une fosse radioactive et tu as sans doute pris une balle en pleine tête. Tu es mort à leurs yeux. Aucun doute là-dessus.

Il titube pendant un quart d’horizon. Faim et froid sont comme deux consciences, une sur chaque épaule. Les traces bifurquent. Un véhicule est venu de la gauche et a fait demi-tour. Provenant de sa droite, cependant, deux jeux d’empreintes. Tout cela sonne comme une rencontre malheureuse. Manifestement, la sienne : lui et quelqu’un d’autre se retrouvant nez-à-nez avec un gros véhicule rempli de… Il y a trop d’empreintes pour les compter. Les deux piétons n’ont pas tenté de fuir. Mis en joue ou bien inconscients du danger ? Rien n’est sûr, évidemment. Mais la douleur au crâne et le sang coagulé lui murmurent ce scénario. Deux personnes, donc : lui, et une autre, se retrouvant face à de multiples agresseurs. Il ne sait qui. Il décide de remonter le courant de ses pas. L’autre chemin, c’est la mort assurée. Et puis, camion ou pick-up vont bien plus vite que des fantômes.

Harcelé par le regard inquisiteur des étoiles, il tangue vers l’inconnu. Un inconnu romantique, fait de mort et de désespoir. Il se met à parler à voix haute. Il ignorait le son de sa voix. Elle est chaude, frémissante de débilité, profonde, familière et pourtant une première musique : les trilles de l’abattement. Il soliloque, devise avec son ombre. Délirant, il croit parfois parler à quelqu’un d’autre. Une silhouette et un visage ; des phénomènes fugitifs tourmentent sa vision périphérique. Était-ce cela, le second jeu d’empreintes ? Y en avait-il vraiment deux ? Partout, des mirages fantastiques et inquiétants. Il rit, ou semble-t-il. Est-ce qu’il rit ? Il marche ; son seul futur, c’est s’allonger et s’éteindre. Comme Adam lors de sa première nuit en le monde : tout est perdu. Des mirages, partout. Un mirage devant.

Plus il avance, plus il le voit : la lune éclaire généreusement une stérilité sans fin. Loin, plus loin, se dresse un hameau noir qui va croissant. Vide et peu amène, mais ses pas l’y mènent. La preuve qu’il a un jour existé quelque chose. Le ciel pâlit lorsqu’il y parvient. C’est un mausolée à la gloire du silence. Des portes fermées, des portes ouvertes, d’autres soufflées et certaines seules vestiges de la maison qu’elles introduisaient. Il entre au hasard, hagard, dans un musée dédié aux ères passées.

Il y a des meubles. Il connaît l’usage de ces meubles. Habitait-il ici, avant l’apocalypse ? Il comprend qu’il ne se rappelle rien, mais qu’il sait des choses. Étrange : savoir ne demande-t-il pas le ressouvenir ? S’il sait que ce coffre crevé était une télévision, c’est qu’il en a déjà vu, non ? Peut-être apprendra-t-il à se ressouvenir de qui il est en découvrant ce qu’il sait. Il monte les escaliers. Il connaît ce mot : escaliers. Il entre dans une chambre. Il sait ce qu’est une chambre, une chambre pour soi. Il s’allonge dans un matelas décharné. Il a déjà connu le moelleux d’un matelas. Ça, il le sait au fond de lui. Les bras chauds de Morphée l’y cueillent comme en un piège. Il connaît – oh, oui – il connaît les cauchemars.

Exsangue.

Le corps s’éveille et s’étire. Accueilli par la faim et la migraine. Son cou le gratte : des cheveux. Bruns, épais, nombreux. Le matelas en est parsemé. Il n’y avait pas fait attention en se couchant ; rien d’étonnant, vu son état. Quelqu’un avait-il dormi ici, il y a peu ? Des gens pourraient rôder. Ses agresseurs ; un autre survivant ? Il décide d’être prudent. Mais il a faim, et soif. Il attend quelques minutes, prête l’oreille, observe les rues en catimini. Il capte des bruits qu’il ne saurait dire réels. Il balance, puis sort, longe les effondrements et les amas, s’accroupit, trébuche, peste intérieurement, halète, la nausée, il ne sait où aller. Un point d’observation en hauteur ; cette colline, là-bas. Il reprend sa route.

En chemin, il tombe à genoux et vomi. Noir : du sang dans la bile. Son estomac proteste, recrache et réclame. Il faut se nourrir. Sans substance, même ramper sera un rêve. Que manger quand rien ne pousse ? Il poursuit. L’ascension s’étire, toujours plus longue. Pas aussi pénible que celle de la fosse, mais allongée par la certitude du temps compté, des efforts limités. Le sommet l’accueille déjà épuisé. Nu sur la colline, il observe. D’autres ruines, plus loin, beaucoup plus loin ; des points d’ancrage pour son regard, mais sans plus d’espoir que le désert alentour.

A défaut d’un but, il suit les voies d’un temps révolu, le long d’écailles de bitume gâtées comme les bonnes intentions pavant quelqu’enfer. Chaque pas est douloureux. Pieds nus, les écorchures sont comblées par la poussière et la poussière par le sable. Seule une corne de boue séchée le sauve du martyr. Des croûtes peuplent ses jambes. Il ignore comment il a bien pu les gagner.

Un panneau lisible indique la sortie douze de l’itinéraire quatre-vingts. La belle affaire. Le jour s’estompe déjà lorsqu’il croise une station d’essence. Tout comme la télévision, elle ne lui évoque rien et, pourtant, il comprend sa fonction. Approche à pas de loup famélique. Pas de bruit à l’intérieur, pas de mouvement derrière le verre crasseux. Il entre, fouille, cherche un rien d’optimisme et ne trouve que des journaux effacés et de vieux outils. Dans une partie garage, une Chrysilus honnêtement conservée. Il se repose sur le fauteuil arrière. Le cuir en est vieux et le rembourrage fossilisé, mais souffre la comparaison avec le matelas de la veille. Il ne sait combien de temps il dort, mais il fait encore jour lorsqu’il se réveille.

Il trouve un tournevis et entreprend de s’attaquer à la sellerie de la Chrysilus. Des cheveux là où il a dormi. Avec des sueurs froide, il se résout à passer une main sur son crâne. Il sent pêle-mêle résidus de terre, chevelure et croûte douloureuse. Il n’ose palper plus consciencieusement, mais pense avoir trouvé sa blessure. Cependant qu’il retire sa main, une touffe brune l’accompagne. Il recommence, derrière la tête, cette fois : pas de blessure, mais autant de cheveux tombent. La malédiction nucléaire. Il s’effondre, en larmes. Très vite, les sanglots se transforment en cris et il poignarde impitoyablement les sièges.

Tout a incroyablement durci, l’entreprise est bien plus difficile qu’il ne l’aurait cru. Lorsque sa gorge s’enroue, la colère est enfin épuisée. Il vient à bout de son labeur et le finit avec un cutter émoussé. Il mâche les morceaux de peau tannée et noue plusieurs lanières en une bande qu’il enroule deux fois autour de son cou. Il reprend son chemin, de nuit. Il fait froid, la nuit, mais son corps le brûle encore.

Lorsqu’il arrive aux ruines suivantes, son estomac se débat comme un diable contre la carne récalcitrante. Il y vit l’exaltation en l’espèce d’une flaque d’eau à demi-croupie. En ruminant du cuir, un os vient rouler sous sa langue. Il le recrache. Une dent. Il trouve également un bleu de travail trop serré qu’il utilise néanmoins pour ses poches. Il n'aura plus à garde la douille dans sa main. Il assèche la flaque et poursuit sa route.

D’autres jours suivent. D’autres dents, aussi. Chaque nuit, il rêve d’eau. Certaines fois, il parle à son ombre muette ou son ventre bavard. Quand il en a la force, il invective Dieu, le prie, négocie, renonce puis le menace. En retour, il n’a que le don du calus. Les croûtes se multiplient. Il tente de les compter un jour, puis reste confus sur le nombre le matin suivant. Ses ongles se soulèvent lorsqu’il dénoue une lanière de cuir pour la manger. La sensation de faim ne disparaît jamais vraiment, ni les aigreurs d’estomac. Il appuie sur les ongles pour les remettre à leur place. Quand le vent se lève et roule sur les escarpements des pertuis, il s’imagine qu’il s’agit d’un cour d’eau et laisse la salive s’accumuler dans sa bouche pour la boire en faisant comme s’il avait trouvé une source cristalline.

Ex machina.

Il perd rapidement le fil des jours et des nuits. Le temps qui passe se compte en dents. Tout un chapelet grelotte dans sa poche. A sa huitième, il avale sa dernière bouchée de cuir. A sa dixième il trouve la carcasse d’une créature fabuleuse à deux têtes et, face à l’odeur, préfère se contenter des quelques vers qui la rongent. Sa migraine plus intense. A sa onzième, il se cache derrière un enchevêtrement de houx et de rochets : en contrebas d’un vallonnement pierreux, un énorme monstre maraude sinistrement. Son cœur se serre de peur. Il ne peut détacher son regard et ne reprend le chemin que longtemps après qu’elle n’ait quitté sa vision. Sa douzième dent lui rend grâce de ruines effondrées sous lesquelles il trouve champignons, racines et mousse humide. Les croûtes recouvrent presque tout son corps et saignent parfois ; ses ongles, un vague souvenir. Il lui arrive d’être terrassé par de violentes crises spasmophiles qui l’épuisent totalement.

Il ne parle plus. La dernière fois qu’il a essayé, sa voix lui a fait peur. Une voix démoniaque. Il ne touche plus sont crâne, de peur de s’arracher de nouvelles poignées de cheveux, mais ils peuplent tout de même ses aurores. Il trouve, sur le chemin, une visière de casquette déchirée qui ne lui est d’aucune utilité mais qu’il garde tout de même dans sa main, sans aucune raison, pendant des jours. La poche à dents s’alourdit, la tête s’allège. La graisse du corps fond. Les pieds sont devenus indolores. Le bleu de travail a bruni de sang. Il se gratte sans arrêt. Quand il s’ennuie, il se gratte jusqu’à arracher certaines croûtes. Il sait qu’il ne devrait pas, mais l’ennui et la solitude l’y poussent. Il se demande s’il ne s’agit que de croûtes. Elles sont parfois larges. Dessous, il y a comme une sorte de gâteau séché. Le dessous d’une moquette inondée. Serait-ce la peau ? Après la treizième dent, tout semble avoir perdu de son importance comme une belle robe se délave de sa couleur. Les petites expériences du quotidien se teintent d’une fatalité à la fois tragique et amusante. Observer le corps se déliter est fascinant.

Un jour, il croit mourir lorsque du sang brûlant vient assombrir ses pantalons. Il s’allonge et regarde ses jambes en s’attendant à s’éteindre. Il s’étonne de ne rien ressentir. Il fait comme un rêve éveillé, erre dans ses pensées puis, après un temps indéterminé, revient à lui et comprend qu’il s’était simplement uriné dessus. Il se lève et marche. Le monde continue de se déplacer sous lui. Le soleil poursuit la lune, qui poursuit le soleil au-dessus de sa tête. Il oublie depuis combien de temps il n’a pas mangé ou bu. Un moment, il trouve un cafard géant, momifié par la chaleur. Il en arrache une patte et, à défaut de dents pour la manger, la garde dans sa bouche comme un bâton de surelle. Ou peut-être était-ce avant ?

Sa poche à dents est lourde ; la douille y repose douillettement. Depuis combien de temps… Il passe sa langue sur ses gencives ratatinées pour savoir combien il lui en reste. De, de dents. Douleur à la tête, fulgurante. Il roule et se protège avec ses avant-bras. Tombé. Plus assez de forces. Ou d’équilibre, ou les deux. Plus d’eau, ou de sang de bête, ou de feuilles de buisson à sucer. Trop dur. Il enlève ses pantalons, lentement, très lentement. Le vent se lève, comme de connivence avec lui. Il se met debout une ultime fois et jette sur un gros cadre de métal, vide de son panneau publicitaire qui grise lourdement, plus loin : itinéraire vers une brasserie texane. La Redneck. C’est drôle : cette vision fugitive lui aurait donné soif, avant. Les pantalons se prennent dans le cadre et s’agitent au vent. Il se recouche, doucement, pour se reposer, un peu, juste un peu, juste, un, tout…

Et cætera.


Une silhouette noire, au loin. L’ange de la mort venant récolter son âme. Il aimerait l’accueillir avec le sourire, mais plus de force pour ça non plus. A peine de quoi ouvrir les yeux, parfois. La silhouette se détache du sol magmatique des mirages thermiques. Elle vole et flâne jusqu’à lui. Un ange. Et une… Musique ? Le délire de la fièvre, sans doute.

« Bonjour, monsieur Clyde ! Comment allez vous depuis notre dernière rencontre ?
- Jamais rencontrés.
» Fut tout ce qu’il parvint à articuler.

Maintenant que l’ange de la mort s’approche, il comprend vite qu’il ne s’agit en réalité que d’une sorte de robot. Pas vraiment un robot domestique ; celui-là n’a aucun bras. Plutôt une radio volante, qui parle. S’il a une autre utilité, elle reste à découvrir. Il pense la machine prisonnière d’un passé éternel d’avant-guerre. Les robots ont tendance à épouser le déni en réponse à un traumatisme.

« Mais bien sûr que si, monsieur Clyde. Je suis le président élu des États-Unis d'Amérique. Notre dernière rencontre date d’il y a exactement trois semaines et treize heures. Auriez-vous cinq minutes pour discuter de l’avenir de notre beau pays, très cher citoyen ?
- Achève-moi ou crève.
- Je perçois de l’hostilité dans votre ton. J’ai été programmé avec un outil limité de diagnostic et d’assistance psychologiques pour venir en aide à tout citoyen américain. Question numéro un : l’origine de votre irritation est-elle physique ?
- Saigne des couilles. Content ?
- Ma base de données linguistique ne contient pas l’entrée "couilles." L’origine de votre irritation est-elle sociale ?
- …
- Mon outil de diagnostic et d’assistance psychologiques m’indique que le silence renfrogné d’un individu interrogé peut être interprété comme un assentiment non assumé ou non coopératif. En l’absence de renseignements probants supplémentaires, je vais définir par défaut ce silence comme une réponse affirmative. Si vous voulez corriger cette réponse, vous pouvez, à tout moment de l’entretien, prononcer la commande de rectification : correction réponse antérieure, identifiant réponse REP1423bs76.
- Tuez moi…
- Négatif. Question numéro deux : votre irritation est-elle corrélée à l’absence visuelle de Mme. Clyde ?
»

Comme un cratylisme spontané de l’esprit. Sursaut du cœur : l’étrangère familiarité d’un rêve couvant panique et détresse. L’adrénaline enflamme la vie dans la viande surie. Sa voix est hésitante comme un enfant qui entrouvre la fenêtre de l’interdit :

« Qui ?
- Votre épouse, bien entendu. Votre irritation est-elle corrélée…
- Déjà vu, moi ? Vraiment ? Dis ? S’est passé quoi ? Hein ?
- Je ne dispose d’aucune information concernant Mme. Clyde depuis notre dernière rencontre. Maintenant, si vous le permettez, je vais prendre congé de vous.
- Nan. Attends…
- Vos cinq minutes d’entretien sont épuisées. Et l’Amérique n’attend pas ! Bonne journée, citoyen, et surtout n’oubliez pas :
- Attends ‘culé !
- L’Enclave est la seule république légitime des États-Unis d’Amérique. C’était votre président élu.
- Identifiant unité référencement !
- ID unité IDTXS253334.
»

Et l’ange de la mort s’en va dans un ronronnement vite recouvert par le son d’une fanfare militaire.

Lorsqu’il reprend connaissance, il est entouré de morts. Des visage épluchés, crevassés, brûlés de morts qui marchent avec une sorte d’indifférence méticuleuse. Étrangement, il n’a pas peur ; seul le désespoir l’envahit. L’un vient lui parler. Ils se qualifient de goules. Plus grave, encore : ils le qualifient de goule, lui. Quelque chose qu’il n’avait jamais remarqué auparavant ne semble plus gêner sa vision, il ignore quoi. La caravane marchande, lui dit-on, l’avait trouvé, plus mort qu’agonisant. Les pantalons en bannière avaient attiré leurs regards, et on l’avait remarqué. Deux jours à délirer et à vomir l’eau qu’on lui faisait boire plus tard, il était lucide. Groggy, mais lucide.

On lui demande son nom et il répond Melvin Clyde. On écoute son histoire décousue et lui parle de tout : les Terres désolées, Fondation, Dallas, les super-mutants, les raiders, les abominations radioactives, la Confrérie de l’acier, l’Enclave… Il reprend des forces, ce qui demande une franche semaine. Puis il les aide comme il le peut, en remerciement. Il faut convoyer marchandises de troc entre les villages et les bastions, jusqu’à Dallas. Il apprend la vie dans les Terres désolées, ses dangers et comment s’y cacher. Il pille des ruines avec d’autres goules et trouve des vêtements dont il se couvre, déjà couvert de honte. Ses mains crevassées et grisâtres, il les couvre. Son visage sans nez – voilà ce qui lui manquait ! – il le couvre tout de même. La chair disparaît sous le tissu, face et dignité.

Arrivé à Dallas, il est acquitté de sa dette. Il n’a que ses vêtements, sur lui : une tenue de technicien Robco. Dans sa poche, une douille et un nom : Melvin Clyde. Son nom. Avant de partir, le premier visage goule qu’il avait vu à son réveil lui assène une question d'adieux qui fuse comme un électrochoc dans sa mémoire : que pouvait donc bien signifier IDTXS253334 ?

SPECIAL : Strength 2 ; Perception 2 ; Endurance 5 ; Charisma 1 ; Intelligence 5 ; Agility 3 ; Luck 10.


DERRIÈRE LE PERSONNAGE




Pseudo : Wex.
Âge : 27 ans.
Disponibilités : variables.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
1

1

1

1

1

1

1

http://fallouttowrpg.forumactif.org/t545-modele-de-fiche-de-presentation
http://fallouttowrpg.forumactif.org/t550-john-doe-exemple
MessageSujet: Re: Melvin Clyde Lun 22 Oct - 10:26
C'est vraiment excellent. Un style très personnel, original et dont la texture convient parfaitement à l'histoire que tu racontes. C'est prenant. J'ai hâte de voir Melvin en action.

Je n'ai donc évidemment rien à redire, et une fois que tu auras redimensionné ton avatar, tu pourras vaquer librement dans le forum. J'ai le plaisir de t'annoncer que tu es :

Revenir en haut Aller en bas

Melvin Clyde

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Sujets similaires

-
» Episode 5: Bonnie and Clyde.
» Melvin.
» Si c'est une blague, elle n'est pas drôle (Clyde)
» Ice Memories (PV-Melvin)
» (clyde) devil may cry

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Fallout RPG : Tales of the Wastes :: Administration :: Registre des Survivants :: Présentations Validées-